Intranquillités

« Que dire de ces plans qui glissent, ces contours qui vibrent, ces corps comme taillés dans la brume, ces équilibres qu’un rien peut rompre, qui se rompent et se reforment à mesure qu’on regarde ? Comment parler de ces couleurs qui respirent, qui halètent ? De cette stase grouillante ? (…) Ici tout bouge, nage, fuit, revient, se défait, se refait. Tout cesse sans cesse. On dirait une insurrection de molécules, l’intérieur d’une pierre un millième de seconde avant qu’elle ne se désagrège ».
Samuel Beckett

Le titre de cette série photographique fait référence au Livre de l’intranquillité de Fernando Pessoa, journal où sont réunis des fragments épars, comme autant de pensées vagabondes décrivant un monde en déséquilibre.
Cet ensemble photographique se présente comme une déambulation erratique où l’élément liquide, omniprésent, se fait métaphorique. Lieux montrant leur chair hostile, possibilités incertaines de repli, auxquelles viennent en miroir des présences inquiètes, recluses, fuyantes ou errantes. Les images disent ce suspens avant la chute, l’apparition au seuil de la disparition. Mais aussi cette brutalité qui résonne dans ces présences animales et humaines mêlées.

L’image « entrelace l’être et le non-être», le vif et l’inerte, orchestrant par ces entre deux et ces dualités une partition à la narrativité désordonnée.